Par Paul GADRIEL

Pour lui, la photo est une passion d’enfant: à quatorze ans, il passe le plus clair de ses nuits dans la chambre noire d’une salle de bains madrilène transformée en labo, où il s’initie à la magie de la révélation, des tirages, du cadrage papier, des bains et des optiques. Ce souci de dominer la chaîne complète de son art – depuis la physique de la lumière jusqu’à la chimie de l’impression en passant par l’informatique – ne l’a jamais quitté, même si aujourd’hui, avec l’expérience, le défi est moins de dominer techniquement une prise de vue que de privilégier le sens des images, d’être attentif aux significations dont elles sont porteuses, pour rendre à la fois la réalité et la cohérence artistique d’un regard singulier que le photographe offre en partage.

Au long de plus de vingt-cinq années d’une carrière qui l’a vu travailler pour la presse généraliste (Vogue, Télérama, Globe, Médias, Femme, Le Figaro Madame, Air France Madame, Elle Japon…) et professionnelle (Zoom, Photo Magazine, Chasseurs d’Images…), pour la publicité (RSCG, Publicis,Young&Rubicam...) et enfin pour l’édition (dont les Éditions Terre Bleue, qu’il fonde en 1992 avec Alain ESCUDIER), il a développé son registre propre dans trois domaines: le portrait, le paysage et le nu.

Le portrait, tout d’abord. C’est par là qu’il commence, photographiant ses amies du lycée et ébahi par le pouvoir de séduction de son appareil, qui engage en retour le photographe à inscrire dans son image ce charme, cet attrait dont il a été lui-même crédité par ses modèles… D'origine batave, il est fortement influencé par la peinture flamande des primitifs aux classiques, jouant de la lumière comme d’un pinceau dans la force du noir et blanc aussi bien que dans l’immense nuancier des couleurs. C’est lui qui invente le « portrait posé avec mains » dans les années 1980 (on se souvient de la fameuse série des parfumeurs français dans Vogue), procédé qu’il abandonne dès qu’il est copié par tous: car il estime les trucs et les tics, les règles, les écoles et les modes, fatales à la créativité. Loin d’être un but en soi, le style est un résultat naturel, le fruit d’une recherche personnelle. Dans le portrait, il faut savoir être simple et ouvert pour capter ce qui fait l’absolue singularité de chaque sujet, par quoi seulement le photographe peut réussir – ce qui vaut aussi bien pour la star planétaire que pour un enfant de tribu.

Le paysage, ensuite. Dix années passées à sillonner les cinq continents pour les beaux livres publiés aux Éditions Terre Bleue lui forgent cette conviction que prime dans ce domaine, le premier regard, ce regard étranger et définitif par lequel l’artiste voyageur restitue toute l'amplitude de ce qu’il découvre. C’est la confiance dans ce premier regard qui permet de fixer à la fois un état du réel, un état de notre monde à un moment précis, unique (les Anciens ne disaient-ils pas qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ?), et de restituer notre sentiment devant une nature qui nous dépasse et donne à rêver en replaçant l’homme à son échelle exacte dans l’univers, voire qui prête à nostalgie quand elle est menacée de disparition… Plus que tout autre domaine, le paysage est le vecteur d’une exaltation visuelle, d’un mouvement de l’œil et du cœur dont on communique paradoxalement l’élan par l’image immobile.
 
Datas/Liens
Livres
Afrique Australe «Grandeur nature» Éditions Terre Bleue
Madagascar «Contrastes & Lumières» Éditions Terre Bleue
Australie «Le temps du rêve» Éditions Terre Bleue
«Les Ailes de l’Espoir» avec Paolo COELLO Éditions Terre Bleue 1999
Mélanésie «Portrait de la Terre et des Hommes» Editions Terre Bleue 1998
Indonésie «Le dragon dans la mer» ÉditionsTerre Bleue 1996
Vietnam «L'Invitation» Éditions Terre Bleue 1994
Chine «Impression chinoise» Éditions Terre Bleue 1993
« Ainsi-sont-ils » avec Michel SHIFFRES
Édition DU MAY 1989

Expositions
2007 : Charenton-le-Pont espace Art & Liberté
2006 :
2005 : "Jardin des Turpitudes" Fondation Rothschild Paris
2004 : Nogent sur marne
2003 : Paris: " Papou's portraits"
2002 : Paris, "Afrique australe", pavillon gabriel
Washington, "Drapeaux"
2001 : Paris, "Madagascar", pavillon Gabriel
2000 : Paris, "Australie", ambassade d1Australie
1999 : Paris, "Mélanésie", pavillon Gabriel
1998 : Paris, SIPI, pavillon Gabriel
Honfleur (France), "Chroniques Nomades"
1997 : Cologne et Paris pour Agfa
1996 : Paris, "Indonésie", pavillon Gabriel
Cologne, Fotokina (Allemagne)
1995 : Paris, SIPI
1994 : Paris, "Vietnam", pavillon Gabriel
1993 : Paris, "Chine", pavillon Gabriel
1990 : Arles, "Rencontres photographiques"
1989 : Cologne, Fotokina (Allemagne)
1988 : Paris, SIPI
1988 : Amsterdam (Pays-Bas), galerie CanonPulitzer
1987 : Anvers (Belgique), galerie Paule Pia
1987 : Arles, JIP
1987 : Paris, Fondation Cartier
1986 : Paris, Espace Les Halles
1980 : Paris, "Jeunes Créateurs"
1977 : Paris, Espace Rue Saint-Dominique

Distinctions
Médaille d'or et de bronze Art Director's Suisse 1987 Catalogue fashion Löw
1ème Prix Sri-Lanka, 2ème Prix Budapest,
Prix CBS NEWS, STRATEGIE, PHOTOGRAHIES MAGAZINE.
2 fois Nominé Prix Hyppolite BAYARD
Prix Affichage Public

Accès aux nues - voir Contact : collections privée

Le nu, enfin. C’est là le jardin secret qu’il cultive depuis toujours mais n’a pas encore donné lieu à publication ou exposition. Il y a chez Frédéric Huijbregts un bonheur immense de saisir les corps nus, les corps tout entiers, les corps s’offrant merveilleusement dans la plénitude de leur intégralité. Pour lui, le nu est toujours un exercice de jubilation, occupé qu’il est à capter le langage des formes corporelles, à se laisser surprendre par leur découverte, émerveillé chaque fois. Les états changeants du corps sont alors le lieu d’une recherche esthétique et presque spirituelle de l’âme dans la chair. Le nu, c’est évidemment pour lui un dialogue de désir à désir sous la grâce de l’objectif, mais aussi la religion cachée de sa vie de photographe.

Dans un langage réaliste (parce que préoccupé des états du réel) et classique (parce que soucieux d’une esthétique sensible à notre monde commun), Frédéric Huijbregts allie dans son travail ce qui fait sans doute le fonds de l’art photographique: une constante enquête sur l’extérieur et l’Autre dans la pluralité de ses manifestations, et sa restitution sous la forme d’une image inscrite dans le temps – lieu de représentation d’une temporalité arrêtée par miracle aussi bien que témoignage du temps de la relation entre l’artiste et son sujet.


Liens:

Photographe : Jeff Dunas

Photographe : Willy Ronis

Photographe : Sebastiao Salgado

Musicien : Stafford James

Musicien : Didier Riey

Artiste peintre : Christel Valentin